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agricoles – peut-être en bois – qui ne sont pas visibles sur
les photographies aériennes. Le grand problème qui se pose
pour ce site est l’interprétation de bandes irrégulières qui se
dessinent en vert foncé dans les céréales (n° 5). Il ne peut pas
s’agir de dépressions causées par l’érosion, car le tracé de la
structure en bas du cliché est parallèle au petit ruisseau qui
coule à quelques dizaines de mètres (n° 6). Le retour à angle
droit ainsi que l’orientation générale concorde avec celle des
constructions gallo-romaines et est légèrement décalée par
rapport aux fins tracés linéaires qui correspondent probable-
ment à des drainages modernes (n° 7). Sans fouille on ne peut
avoir aucune certitude, mais tout semble plaider ici pour une
interprétation comme structures d’enclos de la cour agricole
de la grande villa gallo-romaine.
Terminons cette petite présentation avec un site très énig-
matique qui se démarque avec plus ou moins de précision
à chaque survol. À cause de la proximité de l’aéroport de
Luxembourg, la prospection de ces lieux n’est pas aisée. Il
s’agit de deux immenses ensembles de fossés sur une hauteur
près du « Pleitréngerhaff », non loin de Moutfort (fig. 8). Sur
notre cliché le fossé septentrional, d’une largeur de près de
3 m, part du verger de la grande ferme et adopte un tracé droit
sur une longueur de près de 150 m (n° 1 sur le croquis). Avant
de rencontrer la N28 il forme un angle droit et se dirige en
ligne droite en suivant la crête du plateau en direction de la fo-
rêt « Hosbësch ». Il est repérable sur une longueur de presque
500 m avant de disparaître dans les bois. Quelques structures
fossoyées sont visibles à l’intérieur de cet ensemble (n° 3 et 4).
Le petit enclos n° 4 est certainement à fonction funéraire et
appartient à une petite nécropole qui date vraisemblablement
de la fin de l’âge du fer. Le deuxième grand fossé (n° 2) part
du ravin de la source « Fielsbéch », dans le coin supérieur droit
de l’image. Il se dirige en ligne droite sur le bosquet contigu à
la N28 au lieu-dit « Weescheier ». Une interruption était bien
visible sur des vues aériennes plus anciennes. Elle était com-
binée à un petit tronçon de fossé (complété sur le croquis).
Cet aménagement fait penser à une entrée en tutulus de camp
romain. Le fossé principal forme ensuite un coude sur le point
le plus haut du plateau et il continue en ligne droite vers le
sud-ouest, en suivant la crête de la hauteur « Haard ». Ce tracé
est attesté sur une longueur d’au moins 500 m.
L’interprétation de ces vastes structures fossoyées est diffi-
cile voire impossible pour le moment. La détermination du
petit enclos comme structure funéraire semble acquise. En
l’absence de mobilier archéologique découvert par prospec-
tion en surface, la chronologie des deux grands fossés n’est
pas connue. La proximité de la voie d’Agrippa et la présence
d’une entrée en tutulus pourraient plaider pour de grands
camps romains occupés temporairement. Mais cela n’est que
pure conjecture.
Cette modeste contribution est destinée à montrer les possibi-
lités de l’archéologie aérienne, même dans nos régions au re-
lief mouvementé, à la géologie changeante et à l’importante
couverture forestière. Mais ces quelques exemples ont aussi
mis en évidence les pièges d’une interprétation trop hâtive de
beaucoup de structures enfouies. L’archéologie aérienne est
d’une grande aide pour l’établissement d’une carte archéo-
logique, mais - répétons-le – seule une infime partie de notre
patrimoine archéologique est visible d’avion.<
fig. 7 Bâtiment principal de la villa de Burmerange.