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N°IV 2023 MuseoMag
calligraphie. Après un séchage partiel, l’artiste les
passe sous l’eau, dans des mouvements orientés,
pour dissoudre en partie le noir et le déplacer. Sa
longue expérience lui permet ainsi de garder un
certain contrôle dans une démarche qui pourrait
sembler très aléatoire, en alliant ces formes noires
avec la coloration du métal.
MYSTÉRIEUSE IRIDESCENCE
Son support pour ce travail est le cuivre électroly-
tique. Il s’agit d’un métal presque pur, de fabrication
industrielle, tiré en feuils de différentes épaisseurs et
livré en rouleaux. Dans la vraie vie, cette matière pre-
mière est surtout utilisée pour fabriquer des circuits
imprimés. Dans la vie imaginée par l’artiste, il s’agit
du support idéal pour ses peintures… sans peinture.
Au lieu d’appliquer des couleurs, Arthur Unger va
les faire surgir par le feu, tel un alchimiste. Son pinceau
est un brûleur à gaz avec lequel il fait chauffer le
métal. L’oxydation qui résulte de cette démarche
provoque l’apparition d’une multitude de couleurs
jouant avec les dessins délavés à l’encre de Chine.
Mais sachant que l’oxyde de cuivre est un sel noir
et opaque, pourquoi les créations d’Arthur Unger
sont-elles iridescentes et illuminées par l’intérieur
avec des couleurs quasiment immatérielles? Quand
on chauffe lentement une surface de cuivre, le mé-
tal change de couleur en passant par une série de
tons dorés, orange, fuchsia, pourpre, bleu foncé et
bleu clair avant de devenir gris/noir. Ce dernier stade
est la couleur de l’oxyde de cuivre. Vu la succession
et la teinte des couleurs obtenues, elles n’ont rien à
voir avec les couleurs de l’arc-en-ciel qui passe du
violet par l’indigo au bleu, suivi du vert, du jaune et
de l’orange pour se terminer en rouge sans même
contenir le magenta présent sur le cuivre. Cette suite
bien connue est due à la décomposition de la lu-
mière blanche par l’eau qui agit comme un prisme.
Tandis que les couleurs d’Arthur Unger existent
grâce à un phénomène d’interférence résultant de
la nature ondulatoire de la lumière, de sa réflexion
sur une surface brillante et de l’épaisseur très fine et
variable de recouvrement de cette surface par le film
d’oxyde de cuivre.
TELLES DES BULLES DE SAVON
Je m’explique: avant de voir un oxyde de cuivre noir à
l’œil nu, la couche doit avoir une certaine épaisseur. TECHNIQUE