Full text: MuseoMag 2022_02

31 02 ‘ 2022   museomag 
SÉCURITÉ 
analyse du support par microscope électronique pour 
identifier la nature de notre support. Ensuite il nous 
fallait un plan B si jamais la présence d’amiante était 
confirmée. Lors des discussions avec notre conseiller 
amiante, il était vite établi qu’il faudrait sceller la plaque 
dans un boîtier hermétique en plexi facilement décon- 
taminable afin d’être autorisés à la présenter dans l’es- 
pace publique de notre exposition. 
Une fois la procédure mise au point et les analyses 
du support effectuées, nous avons finalement eu la le- 
vée d’alerte: pas d’amiante dans les fibres. L’accrochage 
de la plaque de rue à l’air libre pouvait ainsi être 
envisagé. 
DANGER DE L’INVISIBLE 
Comme souvent, à peine un problème est-il résolu 
que le suivant pointe déjà le bout de sonnez: dans 
notre cas, sous forme de masque africain en bois… 
pollué par des biocides! Soit probablement la consé- 
quence de dizaines d’années d’effort «acharnés» pour 
conserver une collection ethnographique contre les at- 
taques d’insectes et de moisissures. L’œuvre est donc 
toxique, certainement imprégnée de résidus de pesti- 
cides organochlorés comme le PCP, le lindane ou en- 
core du DDT, si ce n’est de métaux lourds tel l’arsenic, 
le plomb ou le mercure. Nos collègues du Musée royal 
d’Afrique centrale de Tervuren (Belgique) d’où provient 
ce prêt nous ont rendu très tôt attentifs à ces difficultés 
et ont donc demandé en conséquence la mise en 
place de mesures de protection lors du montage, 
démontage et la durée de l’exposition. Le masque sera 
donc uniquement manipulé avec précaution pour évi- 
ter une absorption cutanée de poisons éventuels. Une 
double couche de gants, coton sur nitrile, devrait évi- 
ter une contamination des préparateurs. Fragile, l’objet 
© 
collection 
privée 
doit, conformément aux conditions du contrat de prêt, 
de toute façon être présenté dans un climat stabilisé et 
à l’abri de la poussière. Ces contraintes sont pour une 
fois une manne. La mise sous vitrine évitera un échange 
rapide avec l’atmosphère de la salle d’exposition. 
L’espace clos permettra aussi d’y introduire des 
absorbeurs de polluants comme du tissu au charbon 
actif ou un filtre sur ventilateur brassant et nettoyant 
l’air dans la vitrine. Ainsi les autres objets de la vitrine 
seront protégés de l’artefact toxique et les polluants ne 
sortiront pas de leur enceinte vitrée. 
CHASSEUR DE FAUVES 
Jamais deux sans trois: voilà que nous n’étions pas au 
bout de nos surprises. Un vieux lion empaillé apparte- 
nant actuellement au Service national de la Jeunesse 
doit rejoindre notre groupe d’objets. Attrayant pour le 
public, les objets de taxidermie le sont aussi pour maints 
insectes comme les mites, les anthrènes, les atta- 
gènes, les charançons, dermestes et autres. Loin 
de vouloir chercher des poux à un lion, une séance 
d’épouillage s’impose avant la décision du transport. 
La fourrure du fauve est bien entretenue contrai- 
rement à son socle. Crevassé, déchiré et empous- 
siéré, il peut cacher bien des surprises... Notre plus 
grande crainte est que de la vermine s’y trouve, 
attendant le moment propice pour émerger en 
pleine exposition. Heureusement, un bon dépoussié- 
rage par aspiration avec un filtre HEPA élimine déjà 
quantité d’organismes. Une stratégie de pièges savam- 
ment placés avant le transport de la bête nous a par 
la suite rassurés sur l’absence d’éventuels parasites. 
Le lion a ainsi pu être introduit sans crainte dans les 
salles. Par prudence, un programme IPM (integrated 
pest management) a été mis en place afin d’avoir un 
système d’alerte précoce en cas d’infestation d’une des 
œuvres ethnographiques ou taxidermiques de l’expo- 
sition. 
La plongée de l’équipe technique dans l’ère coloniale 
aura été semée d’embûches. Cependant la connais- 
sance matérielle des artefacts et une recherche sur 
l’histoire de leur conservation aura permis d’exposer 
les œuvres de façon sécurisée pour elles-mêmes et 
pour nos visiteurs. Une approche prudente avec du 
bon sens permettra aussi dans le futur aux profession- 
nels de musée de côtoyer encore longtemps et sans 
séquelles les objets les plus divers, capables de nous 
émerveiller par leur exotisme ou leur improbabilité. 
Muriel Prieur 
Carte postale du «Musée africain», Marienthal
	        
Waiting...

Note to user

Dear user,

In response to current developments in the web technology used by the Goobi viewer, the software no longer supports your browser.

Please use one of the following browsers to display this page correctly.

Thank you.