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Découverte de deux maisons préhistoriques
à Altwies- « Op dem Boesch » en 2006
Anne Hauzeur et Foni Le Brun-Ricalens
L’apparition des premières architectures permanentes de terre
et de bois reflète une étape capitale dans l’histoire de l’huma-
nité, à savoir le passage d’un mode de vie nomade basé sur
une économie de prédation, à une vie sédentaire reposant sur
une économie de production. Ces nouvelles modalités d’ac-
quisition de nourriture entraînent un changement dans l’or-
ganisation des sociétés et dans l’occupation des territoires.
IL y A 7 000 ANS,
DERNIERS CHASSEURS, PREMIERS PAySANS :
« éVOLUTION ET RéVOLUTION NéOLITHIQUE »
Alors que jusqu’au Mésolithique (10 000 à 5 200 ans avant
J.-C.) l’alimentation des groupes de chasseurs-cueilleurs était
essentiellement basée sur la cueillette, la chasse et la pêche, au
Néolithique (5 200 à 2 000 ans avant J.-C.) elle est dorénavant
majoritairement assurée par l’élevage (bœuf, porc, mouton) et
l’agriculture (céréales et légumineuses). Introduite dans nos
régions il y a près de 7 000 ans par les premières commu-
nautés rurales du Rubané (Néolithique ancien), cette maîtrise
de la production de nourriture est par ailleurs associée à de
nouvelles technologies, tels que le polissage des roches du-
res (lame polie d’herminette), la fabrication de poteries et le
tissage, qui permettent dès lors à l’Homme d’avoir une plus
grande emprise sur l’environnement. L’essor des premiers
villages néolithiques dans le bassin mosellan s’en trouva
favorisé. Présentes en premier lieu sur les terrains les plus
fertiles situés en fond de vallée, de nouvelles implantations
agro-pastorales furent édifiées progressivement sur les pla-
teaux limoneux…voire sablonneux du Gutland oriental (Le
Brun-Ricalens, 1995).
DEUX NOUVELLES MAISONS RUBANéES
De nouvelles fouilles archéologiques ont été entreprises en
2006 par la section Préhistoire du Musée National d’Histoire
et d’Art (MNHA) à Altwies - « Op dem Boesch » sous la di-
rection scientifique d’Anne Hauzeur. Ces recherches, menées
sur une superficie de 2 560
m2
grâce à la bienveillance du
propriétaire Remy Moes, font suite aux investigations qui
avaient été réalisées à proximité en l’an 2000 à l’emplacement
de l’actuelle autoroute de liaison avec la Sarre (Hauzeur et
Jost, 2003 ; Le Brun-Ricalens, 2003). Ces fouilles avaient en
particulier révélé la présence d’une importante occupation
néolithique constituée d’une dizaine de maisons (Hauzeur,
2006a). Hormis la mise au jour d’une pauvre industrie lithi-
que (fragment d’herminette, pièce esquillée, éclats de silex
divers) et d’éléments de céramiques (décorées à pâte fine et
domestiques), ces récentes investigations ont permis la décou-
verte de plusieurs structures organisées, à savoir des fonda-
tions partielles de deux nouvelles maisons néolithiques (M9
et M10), ainsi que de quelques trous de poteau attribuables
à un grenier protohistorique (Hauzeur 2006b). Caractéristi-
ques des premières communautés sédentaires d’agriculteurs-
éleveurs, les deux nouveaux bâtiments de plan rectangu-
laire mis au jour sont attribuables au Néolithique ancien à
la culture du Rubané (Linearbandkeramik – Kultur) (5 200 à
4 900 ans avant J.-C.), probablement à une phase récente du
Rubané d’après le décor des poteries recueillies (présence de
décors au peigne à dents multiples, impressions pivotantes
au peigne à 4 dents rappelant la phase IId de la chronologie
rhénane de M. Dohrn-Ihmig, 1979).