33 N°III 2023 MuseoMag bambins d’expérimenter un processus dans l’esprit de l’artiste. Il s’agit du papier marbré, dont les couleurs sont appliquées via un médium inter- médiaire, symbolisant le travail de l’artiste avec le feu et l’eau, suivi des taches d’encre qui elles, ren- voient aux encres de Chine également convoquées par Unger. Dans les deux cas, nous jouons sur le phénomène du hasard et d’une création indirecte. Le papier marbré a beaucoup été utilisée dans le domaine de la reliure et du papier peint. Il est descendant du suminagashi (sumi signifiant «encre» et nagashi «qui flotte sur l’eau en mouvement»), dé- cor sur papier ancestral provenant du Japon. Prati- quée notamment dans la région nord de la Chine, la technique est arrivée en Europe à la fin du Moyen- Âge par le biais de la Turquie et de la route de la soie. Au passage, les motifs imitant des roches ou d’autres formes organisées deviennent colorés. L’art turque traditionnel appelé Ebru («nuage» ou «comme un nuage» en français) recourt aux pigments délayés à l’eau et au fiel de bœuf. Ils sont appliqués en gouttes ou au pinceau sur une eau épaissie de gomme adragante contenue dans un récipient plat. Le motif flottant sur la surface est ensuite transféré sur papier. INOFFENSIF ET LUDIQUE Pour notre expérimentation, nous avons simplifié cet art classé patrimoine immatériel en 2014 par l’UNESCO pour le rendre praticable par nos artistes en herbe. Nous avons opté pour un mélange d’eau et de colle à tapisser. Des gouaches et des acryliques diluées à l’eau additionnée de liquide vaisselle se dispersent facilement sur la surface de notre sub- strat. Les motifs de forme ronde créés au pinceau à pointe fine trempée dans le mélange de colle à tapisser ou giclés dessus avec des pinceaux aux soies raides, peuvent être modifiés à l’aide de bâ- tonnets ou en soufflant dessus pour obtenir un ren- dement plus anguleux. Une feuille posée sur la sur- face du mélange va happer et fixer les motifs pour obtenir une image colorée. Le papier est sorti de son bain en le raclant sur le bord du récipient pour éva- cuer l’excédent de colle à tapisser et mis à sécher. Dans un deuxième temps, nous avons réalisé des taches en appliquant de l’encre diluée à l’eau sur ce papier marbré. L’encre a ensuite été dispersée en bougeant le papier et en soufflant dessus pour donner une direction aux éclaboussures. Une fois les formes séchées, nous avons finalisé l’expérimenta- tion en ajoutant quelques accentuations avec des crayons couleurs gras comme le fait l’artiste sur ses cuivres. Chaque œuvre est surprenante et unique, comme le sont les pyrochimiogrammes d’Arthur Unger. Le passage par l’eau est très similaire à l’étape finale du procédé de création des psychogrammes. En ob- servant de plus près, il est possible d’apercevoir sur certaines œuvres du maître des formes fractales à la Mandelbrot, semblables aux détails des motifs des papiers marbrés. La fusion de ces deux techniques crée des images imprévues et singulières, inspirées du style adopté par l’artiste luxembourgeois tout en rendant l’expérience inoffensive et ludique dans le cadre d’un atelier créatif pour enfants. Deborah Velazquez et Muriel Prieur L’alchimiste. Sélection d’œuvres d’Arthur Unger jusqu’au 15 octobre 2023 au Nationalmusée um Fëschmaart ATELIER