16 MuseoMag N°III 2023 Élégant et éloquent, Arthur Unger (90 ans) pèse ses mots sans trop se prendre au sérieux. ENCRES EN TRANSE OU LA DANSE DU VERBE Arthur Unger: du peintre de la matière au pétrisseur de mots © mnaha On le sait et il ne cesse de le clamer: la matière, c’est son affaire. Mais l’artiste, par-delà son recours sin- gulier au feu et à l’eau, aime aussi pétrir les mots. À l’encre de son feu intérieur… Si certains de ses psychogrammes ou «dip pain- tings» – ces fameuses encres de Chine fixées par un bain d’eau spécifique – laissent croire une volonté d’expression calligraphique, Unger assure qu’il n’en est rien. «C’est juste le fruit d’une gestualité bien à moi, qui s’impose et qui m’importe.» Ne traduisons donc pas si vite en besogne, ne cherchons point d’abécédaire dans ses encres de Chine. Les mots adviennent, oui, mais sur un autre support, dans un autre espace-temps, quand l’inspiration se fait verbe. Certes, c’est bien par les arts plastiques qu’il a affirmé sa singularité, s’aventurant dans l’ex- ploration de techniques qui ont fait sa marque de fabrique. Mais attardons-nous plutôt sur ses carnets de notes dont quelques délicats exemplaires figurent parmi la sélection d’œuvres de L’Alchimiste. D’emblée, on est saisi par la lucidité de cette affir- mation dans l’un des carnets ouverts: «Sur la scène artistique de mon pays, je suis plutôt un ÉLECTRON LIBRE.» Ce dernier mot figure en escalier sous le texte, et vis-à-vis, le tout est croqué de manière schématique, comme une formule chimique. Il ajoute, amusé: «La forme, le style, c’est évidemment important; mais ne jamais se prendre trop au sérieux l’est tout autant. Dans la vie, l’ironie est un rempart.» «UN BIEN SENTIMENTAL» Face à la diversité de ses carnets – «une cinquan- taine», selon l’artiste, choisis lors de ses voyages ou au gré de ses visites chez des bouquinistes, comme lors d’un séjour dans l’Eifel où il met la main sur un lot de livres en braille qu’il va recouvrir de dessins –, on est frappé par les différentes textures de papier et par la constante fluidité du geste à l’œuvre. Tel un choréologue, il fixe le mouvement du signifié, donne corps à ses pensées et rend compte d’une autre facette de sa vie intérieure. On songe alors à Gaston Bachelard qui dans L’Eau et les rêves