26 museomag 02 ‘ 2023 Beaucoup de personnes concernées – artistes, enfants d’artistes, galeristes... – étaient dans la salle. faire face. «Car, inutile de se leurrer: le marché de l’art au Luxembourg est si petit qu’une fois l’artiste décédé, il ne faut pas croire que ses œuvres se vendront comme des petits pains. C’est déjà très compliqué et énergivore pour parvenir à réaliser une exposition après la mort d’un artiste et la vente qui en résulte est plus qu’incertaine.» DOS AND DON’TS Jamie Armstrong voit la mission de son service, le Lëtzebuerger Konschtarchiv (LKA), appelé à centraliser toute la documentation liée aux arts plastiques en lien avec le Grand-Duché, comme suit: «Notre service doit être à même de recenser avec discernement et responsabilité les traces matérielles du passé importantes pour la postérité, dont le potentiel d’investigation est manifeste pour la recherche mais aussi dont le degré d’information est susceptible de refléter le paysage artistique autochtone.» Par ailleurs, Jamie Armstrong souligne que le centre est progressivement appelé à accompagner les (futurs) héritiers dans leurs démarches de conservation. En ce sens, elle voit la mission du LKA aussi dans des campagnes de sensibilisation à large échelle afin de permettre aux artistes et/ou à leurs héritiers de préparer le terrain. «L’héritage de l’œuvre d’un proche peut être perçu comme un trésor inestimable mais aussi vécu comme un poids insondable. Votre exemple est éloquent à ce titre puisque cela fait désormais dix ans que vous vous occupez des archives de votre père. Le cas du fils de Théo Kerg abonde dans le même sens puisqu’il y travaille depuis dix-sept ans. Il est évident que si de son vivant, l’artiste ne fait pas lui-même un travail de tri, celui-ci restera en suspens et se répercutera inévitablement sur la trajectoire de ses héritiers», souligne Jamie Armstrong. «Le travail d’artiste est comme celui d’un indépendant: il est judicieux qu’il dresse avec méthode un inventaire au fil de son processus de travail pour le moins cumulatif, qu’il organise ses documents comme p.ex. ses factures de vente d’œuvres, mails, coupures de presse, etc. Cela faciliterait du moins sa transmission.» «TOUT UN PATRIMOINE ÉMOTIONNEL…» À ce titre, Dr. Bayer, également enseignant au Kunstinstitut en Sarre, note toutefois que cette action peut être à double tranchant: «S’il est vrai qu’il convient de sensibiliser l’artiste à ordonner son travail et à recenser sa démarche artistique pour que tout ne finisse pas dans un conteneur, ce message ne peut être délivré trop tôt. Il serait en effet contreproductif d’inviter mes jeunes étudiants à songer à leur postérité PRÉPARER LA POSTÉRITÉ TOUT EN PONDÉRANT SA LEGITIMITÉ