17 04 ‘ 2021 museomag avons constaté de multiples déjections à l’ouverture du tamponnage d’une peinture du 17e siècle. La tra- verse inférieure du châssis s’était rompue pendant le transport, complètement minée par des galeries. L’ins- pection visuelle ne montrait pourtant pas encore de trous d’envol. L’œuvre a été scellée dans du polyéthy- lène et mise en quarantaine. L’essaimage a eu lieu dans l’emballage évitant une plus large contamination. Mais nous étions clairement en présence d’une une infesta- tion à traiter d’urgence. L’IPM encourage une gamme de nouvelles techniques d’intervention respectueuses de l’environnement et sans danger pour l’humain ni pour l’objet. Nous avons retenu l’anoxie sous flux dynamique d’azote humidi- fié pour son efficacité sur ce type de nuisibles et sans contraintes pour des objets composites. Mais actuel- lement la norme biocide de l’Union Européenne (528/2012 concernant la mise à disposition sur le mar- ché et l’utilisation des produits biocides) complique sa mise en œuvre. Depuis 2017, seuls des sociétés homo- loguées peuvent utiliser ce type de procédé. Il faut de plus garantir la séparation de l’espace de traitement et une aération facile pour évacuer l’azote de l’enveloppe. ASPHYXIER LENTEMENT Nous avons donc fait appel à une firme spécialisée pour cette éradication. Voici comment notre opération de sauvetage s’est déroulée. Le tableau (et quelques autres œuvres) est installé sur un chariot afin d’être facilement manipulable. Toutes les arêtes sont enveloppées pour éviter de percer l’en- veloppe pendant le traitement. Plusieurs bandes de plastique, renforcé d’un film métallique, sont soudées ensembles donnant un lé assez large pour envelopper l’ensemble. Une couche de feutrine protège la partie posée par terre pendant l’installation du chariot. En- suite le film est rabattu et fermé pour former un tube flexible autour des œuvres. En dernier lieu, les côtés latéraux courts sont soudés. Au préalable, deux valves ont été installées sur des côtés opposés de la bulle afin de permettre l’inonda- tion de l’enveloppe de gaz et sa ventilation. Une fois que la housse est bien étanche, un aspirateur est bran- ché d’un côté pour tirer un vide partiel. Ensuite l’azote, fourni en bombonne, est humidifié à 55% HR pour évi- ter les réactions du bois et de la toile et injecté dans l’enceinte par la seconde valve. Il va se mélanger au restant d’air contenant de l’oxygène. Cette procédure est répétée plusieurs fois afin de descendre progres- sivement le pourcentage d’O2 en dessous de 0,3%, taux du traitement. La température ambiante doit rester constante autour des 20° C pour éviter que les insectes ne se mettent en diapause et ne résistent au traitement. Après quatre semaines sous cette atmo- sphère appauvrie, tous les stades (œuf, larve, nymphe et adulte) de l’insecte sont éradiqués. Même si l’azote en lui-même n’est pas toxique, la zone est balisée; de plus, des dispositifs de contrôle et d’urgence sont installés – panneaux de signalisa- tion, alarme de détection de gaz, dispositif respiratoire - pour évacuer la zone lors d’une fuite massive. Des contrôles bihebdomadaires garantissent l’étanchéité de l’enveloppe et permettent d’effectuer des «rinçages» à l’azote afin de compenser une éventuelle porosité du film de l’enceinte. Après le traitement, les œuvres sont libérées en as- pirant d’abord l’azote qui est simplement évacué dans l’atmosphère extérieure et en découpant la housse. Dans un premier temps, un contrôle régulier des objets reste de mise pour confirmer le succès de l’éradication. Muriel Prieur RESTAURATION