8 museomag 02 ‘ 2017 Après avoir présenté l’installation vidéo «Something White» lors de la Nuit des musées 2015, l’artiste d’origine portugaise revient au musée pour participer au Mois européen de la Photo 2017 avec un travail de commande. Marco Godinho est un artiste conceptuel humble et affable, dont le travail artistique peuple d’ores et déjà notre imaginaire. Ses créations sont si poétiquement prégnantes que la simple évocation de son nom impose d’emblée à l’esprit une constellation d’images: tampons-nuages répétant à l’infini Forever Immigrant, table de ping-pong circulaire en forme de cadran d’horloge et filet qui tourne à la minute, carte du monde découpée en 60 bandes verticales s’enroulant sur elles- mêmes, amoncellement d’encyclopédies universelles «vidées» de leurs images, citation de Pessoa formée en caractères Times New Roman par près de 2.600 clous en acier, corde à double nœud couchée sur une table démesurée, installation au sol de bouteilles de vin ornées quotidiennement d’un œillet rouge, etc. Des évocations particulièrement familières au public luxembourgeois, l’artiste de renommée internationale exposant régulièrement sous nos latitudes. Par son approche sensible et espiègle, il déroute en soulevant des interrogations spatio-temporelles somme toute universelles. Alors qu’un jour il organisait un work-shop sur la «cartographie mentale», je me suis laissée tenter par l’expérience: «Dessine-moi le parcours effectué jusqu’ici depuis ton domicile.» Simple comme un jeu d’enfant, songe-t-on, mais le défi de géométrisation est moins facile à relever lorsqu’on planche devant une feuille blanche sans abscisse ni ordonnée, sans repère cartographique ni ancrage visuel. Je me souviens avoir rendu ma copie sans la moindre conviction, parfaitement déboussolée, et exténuée par tant d’effort d’abstraction… en attendant senhor godinho… Lui se nourrit de ces trajectoires personnelles, les siennes mais aussi celles d’autrui: exil, migration, mémoire sont autant de thèmes au cœur de son œuvre, façonnée par sa vie de nomade toujours à l’affût de questions (bien plus que de réponses) lui servant de tremplin à d’autres explorations et qu’il partage d’ailleurs volontiers sur Facebook. Prenons l’image de la Cité radieuse de Le Corbusier postée récemment. Le cadrage de la photo fait immanquablement écho au travail de commande qu’il prépare pour l’exposition du MNHA Portraits sous surveillance dans le cadre du Mois européen de la Photo 2017. «Le parallèle est tout à fait pertinent. Lorsque je me suis retrouvé devant cet édifice, conçu à l’origine pour pallier au manque de logements sociaux fin des années 50, j’ai été frappé par l’idéal des lieux. Puis, j’ai photographié cette façade avec un cadrage sur chutes et immersions marco godinho a reçu sa première commande du musée national d’histoire et d’art dans le cadre du mois européen de la photo 2017 © MNAA