32 En 1475, à la mort de Dirk Bouts, peintre officiel de la ville de Louvain, ses deux fils, Dirk le Jeune et Albrecht héritent de l’atelier paternel, c’est-à-dire de « tous les objets servant à l’art de peindre et de tous les tableaux et portraits restés inachevés et incomplets »1. Né vers 1451-1455, Albrecht Bouts se retrouve ainsi, très jeune, à la tête d’un atelier à la réputation bien établie et d’un patrimoine important le classant parmi la bourgeoisie aisée de Louvain.2 On ne sait rien concernant sa formation, mais il semble évident cependant que Dirk Bouts a dû enseigner à ses fils l’art de la peinture, comme il était de coutume à l’époque pour les dynasties d’artistes. Un document de 1476 suggère en outre qu’Albrecht ait quitté Louvain3, sans doute pour achever son apprentissage. Le 15 février 1480, il est mentionné pour la première fois comme pictor ymaginum, en même temps que son frère aîné4. Les nombreuses références au peintre dans les documents d’archives, principalement dans le cadre d’opérations de droit privé et de transactions financières, nous apprennent, en filigrane, qu’il se profile tout au long de sa vie comme un véritable « patron d’entreprise » gérant activement à la fois son patrimoine personnel et l’im- portante production de son atelier qu’il maintient jusque tard au XVIe siècle. Un acte mentionne en effet qu’il décède en mars 15495, soit à l’âge assez exceptionnel pour l’époque d’au moins nonante quatre ans. Si l’œuvre de Dirk Bouts a fait l’objet d’une étude par Cathe- line Périer-D’Ieteren en 20056, celle d’Albrecht n’avait jamais été révisée depuis les catalogues proposés successivement, en 1925, par Max Friedländer et, en 1938, par Wolfgang Schöne7. La récente monographie sur le maître, publiée en novembre 2011, a enfin comblé cette lacune8. Seize peintures lui sont ainsi aujourd’hui attribuées, par comparaison avec le style et la technique d’exécution du seul tableau au caractère autographe reconnu à l’unanimité par les historiens de l’art, le Triptyque de l’Assomption de la Vierge, conservé aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, peint vers 1495-15009. L’ouvrage met également l’accent sur l’importance de la pro- duction de peintures destinées à la dévotion au sein de l'ate- lier d’Albrecht Bouts10. Au tournant du XVe siècle, on assiste à une demande sans cesse croissante des fidèles pour ce type d’œuvres, parallèlement au développement du culte de la De- votio moderna, courant ayant permis d’accentuer le caractère Le diptyque du Christ couronné d’épines et de la Mater dolorosa du Musée national d’histoire et d’art de Luxembourg : une œuvre exceptionnelle et inédite d’Albrecht Bouts Valentine Henderiks 1 Une copie conforme du testament, exécutée le 30 juillet 1500, fut découverte par Alphonse Wauters. Pour la traduction voir : Wauters, A. J., Le testament du peintre Thierri Bouts, appelé aussi Thierri de Harlem et Thierri Stuerbout, dans Bulletin de l’Académie royale de Belgique, 23, 1867, pp. 717-730. Voir aussi : Van Even, E., L’ancienne école de peinture de Louvain, Bruxelles-Louvain, 1870, pp. 445-447 et Van Buyten, L., De sociale situatie van de Leuvense fami- lie Bouts (ca. 1450-ca. 1550), dans Dirk Bouts en zijn tijd, cat. d’exp., Louvain, Sint-Pieterskerk, 1975, pp. 149-150. 2 Dirk le Jeune décède avant le 2 mai 1491, laissant à Albrecht la direction de l’atelier. Voir : Van Buyten, L., loc. cit., p. 160. 3 Stadsarchief Leuven, Oud archief, n° 7764, fol. 187 ; Van Even, E., Albert Bouts, peintre belge (1482-1548), dans Le Précurseur, 28/194, 1863, [2] ; Van Even, E., L’ancienne école de peinture de Louvain, Bruxelles-Louvain, 1870, pp. 144-145, note 1 ; Schöne, W., Dieric Bouts und seine Schule, Berlin-Leipzig, 1938, p. 235, doc. 23 ; Galicia, L., Ic Dieric Bouts, Manuscrit polycopié non publié, Heverlee, 1975, p. 271 ; L. Van Buyten, op. cit., p. 166 ; Dechamps, C., Albert Bouts alias le Maître de l’Assomption de la Vierge, Mémoire de licence non publié, Université Catholique de Louvain, 1977, n° 20. 4 Stadsarchief Leuven, Oud archief, n° 7766, fol. 186 v°-187 ; Van Even, E., op. cit. (1870), p. 133, note 2 et p. 134, note 1 ; Schöne, W., op. cit., p. 235, doc. 29 ; Galicia, L., op. cit., pp. 227-228 ; Van Buyten, L., op. cit., p. 156 ; Dechamps, C., op. cit., n° 103. 5 Note dans la marge du poste de paiement de sa rente viagère de la ville de Louvain. Stadsarchief Leuven, Oud archief, (compte des dépenses 1548- 1549), n° 5593, fol. 36 v° ; Van Buyten, L., op. cit., p. 173. 6 Périer-D’ieteren, C., Thierry Bouts. L’œuvre complet, Bruxelles, 2005. 7 Friedländer, M.J., Die Altniederländische Malerei III. Dierick Bouts und Joos van Gent, Berlin, 1925; Schöne, W., op. cit. 8 Henderiks, V., Albrecht Bouts (1451/55-1549), Contribution à l’étude des Primitifs flamands, 10, Bruxelles, 2011. 9 Pour le catalogue des peintures autographes, voir : Ibid., pp. 339-352. Sur le triptyque de l’Assomption de la Vierge, voir : Ibid., pp. 45-71 et Henderiks, V., Le « Triptyque de l’Assomption de la Vierge » d’Albrecht Bouts : analyse critique, dans Annales d’Histoire de l’Art et d’Archéologie de l’Université Libre de Bruxelles, 28, 2006, pp. 1-24. 10 Voir sur cette problématique : Ibid., pp. 207-338 et Henderiks, V., L’atelier d’Albrecht Bouts et la production en série d’œuvres de dévotion privée, dans Belgisch Tijdschrift voor Oudheidkunde en Kunstgeschiedenis. Revue belge d’archéologie et d’histoire de l’art, 78, 2009, pp. 15-28.