24 L’idée d’installer un musée au pays est plus ancienne que la création du Grand-Duché de Luxembourg. Elle remonte à la fin du 18e siècle quand la France révolutionnaire avait conquis le duché du même nom. En revanche, la création et l’ouverture du premier musée du pays, en 1845, coïncident avec la mise en place des structures étatiques du jeune État luxembourgeois. Il est en effet peu connu que les premières collections desti- nées à un musée au Luxembourg ont déjà été constituées à partir de 1796. Quelques mois après la prise de la forteresse de Luxembourg, les autorités françaises appliquèrent des me- sures législatives en vue de la création à Luxembourg d’un musée du Département des Forêts. Ce musée, qui n’a jamais vu le jour, devait contenir des mo- numents de l’art selon une expression en vogue à l’époque. Les archives mentionnent d’abord deux objets dont nous sommes sûrs qu’ils étaient réservés à ce musée. Il s’agit de la pendule à carillon de l’abbaye de Saint-Hubert et du poêle monumental de l’abbaye d’Orval provenant tous les deux de la confiscation des biens ecclésiastiques. À cela s’ajoutent une série d’objets d’art, de tableaux historiques et le mauso- lée de Mansfeld dont les mentions dans les documents per- mettent de supposer qu’ils furent également mis de côté pour ce musée. LA PENDULE à CARiLLoN, UN « MoNUMENT DE L’ART » Au moment de l’invasion du pays de Luxembourg par les troupes françaises, les religieux de Saint-Hubert avaient mis en sécurité à l’abbaye de Münster, dans la forteresse de Luxembourg, divers meubles et effets de leur couvent. Quelques mois après la capitulation de la forteresse qui eut lieu le 7 juin 1795, les nouveaux maîtres ordonnèrent l’ad- judication publique des meubles et biens des maisons reli- gieuses dont ceux de l’abbaye de Saint-Hubert. « Au nombre des objets déposés à l’abbaye de Münster, se trouvait “outre une quantité considérable d’objets précieux qui ont été ven- dus en partie le 25 nivôse [an IV, 15 janvier 1796] et dont l’autre partie doit être envoyée à la Trésorerie nationale, une pendule à carillon, dont le travail fini la rend susceptible d’être considérée comme un monument de l’art”. Et l’Administra- tion décida, le 1er mars [1796, 11 ventôse an IV], que cette pendule ne serait pas vendue, mais déposée provisoirement dans la salle des séances du département [dans l’actuel Palais grand-ducal], jusqu’à l’établissement du musée. Elle poussa même la générosité jusqu’à réserver aux religieux de Saint- Hubert “leurs droits et actions” sur les deux tiers dont on consentait à leur reconnaître la propriété dans cet objet d’art exproprié de façon si cavalière ! » 1. Cette horloge astronomique a été conservée (fig. 1). Mesurant 62,5 x 39,1 x 39,5 cm, elle est destinée à être posée sur un socle. Elle constitue le chef-d'œuvre de Jean Rahier du village d’Olne près de Verviers et date de 1744. L’horloger l’a offerte à l’abbé de Saint-Hubert, Célestin De Jonghe pour le remer- cier de l’avoir admis à l’abbaye comme frère convers. Après la séquestration par les Français, elle a d’abord été placée avec le poêle dans la salle des États, l’actuel palais grand-ducal, avant que le Gouvernement l’ait donnée en 1854 en dépôt à la Société archéologique. À partir de 1978, elle était exposée à la salle des horloges du MNHA (no d’inv. : 1854-SH 1). Aujourd’hui cet objet emblématique de l’histoire muséale du pays ouvre le nouveau prologue à la visite du MNHA. LE PoêLE EN FER, « UN CHEF-D’œUVRE DE L’ART » Du poêle, en revanche, toute trace a été perdue. Il est décrit de manière assez précise dans une lettre adressée, le 16 mars 1797, par l’Administration centrale au ministre des Finances. Elle mentionne un « museum dans notre département ». Alfred Lefort, dans son ouvrage « Histoire du Département Un début de constitution de collections publiques au Luxembourg Le musée du Département des Forêts non réalisé Jean-Luc Mousset 1 LEFORT 1905, p. 271.